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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/268

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— Ah ! et à quoi ?

— Au jeu !

Deslauriers ne répondit pas un mot, salua très bas, et partit. Arnoux avait profité de l’occasion pour allumer un cigare dans un débit de tabac. Il revint en demandant quel était ce jeune homme.

— Rien ! un ami !

Puis, trois minutes après, devant la porte de Rosanette :

— Montez donc, dit Arnoux, elle sera contente de vous voir. Quel sauvage vous êtes maintenant !

Un réverbère, en face, l’éclairait ; et avec son cigare entre ses dents blanches et son air heureux, il avait quelque chose d’intolérable.

— Ah ! à propos, mon notaire a été ce matin chez le vôtre, pour cette inscription d’hypothèque. C’est ma femme qui me l’a rappelé.

— Une femme de tête ! reprit machinalement Frédéric.

— Je crois bien !

Et Arnoux recommença son éloge. Elle n’avait pas sa pareille pour l’esprit, le cœur, l’économie ; il ajouta d’une voix basse, en roulant des yeux :

— Et comme corps de femme !

— Adieu ! dit Frédéric.

Arnoux fit un mouvement.

— Tiens ! pourquoi ?

Et, la main à demi tendue vers lui, il l’examinait, tout décontenancé par la colère de son visage.

Frédéric répliqua sèchement :

— Adieu !

Il descendit la rue de Bréda comme une pierre