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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/267

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— Je vais les chercher, dit-il.

Et Deslauriers l’accompagna jusqu’à la porte d’une maison, dans le faubourg Poissonnière.

— Attends-moi.

Il attendit. Enfin, après quarante-trois minutes, Frédéric sortit avec Arnoux, et lui fit signe de patienter encore un peu. Le marchand de faïences et son compagnon montèrent, bras dessus, bras dessous, la rue Hauteville, prirent ensuite la rue de Chabrol.

La nuit était sombre, avec des rafales de vent tiède. Arnoux marchait doucement, tout en parlant des Galeries du Commerce : une suite de passages couverts qui auraient mené du boulevard Saint-Denis au Châtelet, spéculation merveilleuse, où il avait grande envie d’entrer ; et il s’arrêtait de temps à autre, pour voir aux carreaux des boutiques la figure des grisettes, puis reprenait son discours.

Frédéric entendait les pas de Deslauriers derrière lui, comme des reproches, comme des coups frappant sur sa conscience. Mais il n’osait faire sa réclamation, par mauvaise honte, et dans la crainte qu’elle ne fût inutile. L’autre se rapprochait. Il se décida.

Arnoux, d’un ton fort dégagé, dit que, ses recouvrements n’ayant pas eu lieu, il ne pouvait rendre actuellement les quinze mille francs.

— Vous n’en avez pas besoin, j’imagine ?

À ce moment, Deslauriers accosta Frédéric, et, le tirant à l’écart :

— Sois franc, les as-tu, oui ou non ?

— Eh bien, non ! dit Frédéric, je les ai perdus !