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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/183

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fête de famille est charmante ! Enivrez-moi de voluptés, mes amours ! Folichonnons ! folichonnons !

Et il se mit à baiser les femmes sur l’épaule. Elles tressaillaient, piquées par ses moustaches ; puis il imagina de casser contre sa tête une assiette, en la heurtant d’un petit coup. D’autres l’imitèrent ; les morceaux de faïence volaient comme des ardoises par un grand vent, et la Débardeuse s’écria :

— Ne vous gênez pas ! ça ne coûte rien ! Le bourgeois qui en fabrique nous en cadote !

Tous les yeux se portèrent sur Arnoux. Il répliqua :

— Ah ! sur facture, permettez ! tenant, sans doute, à passer pour n’être pas, ou n’être plus l’amant de Rosanette.

Mais deux voix furieuses s’élevèrent :

— Imbécile !

— Polisson !

— À vos ordres !

— Aux vôtres !

C’était le Chevalier moyen âge et le Postillon russe qui se disputaient ; celui-ci ayant soutenu que des armures dispensaient d’être brave, l’autre avait pris cela pour une injure. Il voulait se battre, tous s’interposaient, et le Capitaine, au milieu du tumulte, tâchait de se faire entendre.

— Messieurs, écoutez-moi ! un mot ! J’ai de l’expérience, messieurs !

Rosanette, ayant frappé avec son couteau sur un verre, finit par obtenir du silence ; et, s’adressant au Chevalier qui gardait son casque, puis au Postillon coiffé d’un bonnet à longs poils :