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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/157

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le cafetier d’un air candide, c’est la première fois que manque M. Ledoux !

— Comment, M. Ledoux ?

— Mais oui, monsieur !

— J’ai dit Regimbart ! s’écria Frédéric exaspéré.

— Ah ! mille excuses ! vous faites erreur ! — N’est-ce pas, madame Alexandre, monsieur a dit : M. Ledoux ?

Et, interpellant le garçon :

— Vous l’avez entendu, vous-même, comme moi ?

Pour se venger de son maître, sans doute, le garçon se contenta de sourire.

Frédéric se fit ramener vers les boulevards, indigné du temps perdu, furieux contre le Citoyen, implorant sa présence comme celle d’un dieu, et bien résolu à l’extraire du fond des caves les plus lointaines. Sa voiture l’agaçait, il la renvoya ; ses idées se brouillaient ; puis tous les noms des cafés qu’il avait entendu prononcer par cet imbécile jaillirent de sa mémoire, à la fois, comme les mille pièces d’un feu d’artifice : café Gascard, café Grimbert, café Halbout, estaminet Bordelais, Havanais, Havrais, Bœuf-à-la-mode, brasserie Allemande, Mère-Morel ; et il se transporta dans tous successivement. Mais, dans l’un, Regimbart venait de sortir ; dans un autre, il viendrait peut-être ; dans un troisième, on ne l’avait pas vu depuis six mois ; ailleurs, il avait commandé, hier, un gigot pour samedi. Enfin, chez Vautier, limonadier, Frédéric, ouvrant la porte, se heurta contre le garçon.

— Connaissez-vous M. Regimbart ?