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prudence rocaleux

— Vous faites bien de m’empêcher de parler de ce que je ne sais pas ; mais ce que j’ai vu, c’est que vot’ jeune maître a une secrétaire bien avenante et qui ne paraît pas timide…

— Elle est bien gentille, et c’est sa cousine. Y sont comme frère et sœur.

De stupéfaction, Prudence laissa tomber la cuillère à pot dont elle se servait comme contenance.

Quand elle put parler, elle s’écria :

— Vous êtes sûre ?

— J’connais la parenté, peut-être ! Je les ai vus assez souvent et depuis longtemps. Le papa n’est plus de ce monde ; mais la maman est là, qui est gâtée par sa fille ; ce sont de bonnes créatures, pas fières et riches.

— M’est avis que cette petite-là trouve son cousin très bien…

— Y n’ se marieront pas… Y n’ veulent pas, parce qu’ils sont trop cousins.

— Oui, des fois, les enfants sont un peu ratés, et c’est pas la peine.

Il y eut de nouveau un silence qui parut peser à Prudence. Elle voulait reprendre la conversation, mais elle s’arrêtait comme devant un obstacle infranchissable.

— Y se passe de drôles de choses dans le monde, finit-elle par murmurer. Ainsi, ce pauvre monsieur, dont on ne trouve pas celui qui l’a tué… Vous trouvez ça naturel ?

— Bien sûr que non !

— Vous n’avez pas vu de traces, des pas, des mains, un bout de fil, que sais-je ?

— Non ! Y z’ont pris des empreintes, mais y paraît qu’il avait des gants et des chaussons, et le revolver de monsieur était dans le tiroir de sa table avec les balles ; rien ne manquait !

— Pour un mystère, c’est un mystère…