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tout le mérite de sa découverte, et elle ne savait comment se dégager de ce dilemme.

Fallait-il insinuer, que de mots échangés avec les siens, le juge Dilaret avait fait allusion à quelques présomptions ? ou bien, fallait-il détromper tout de suite le jeune homme ? Elle estima que ce qu’elle dirait gagnerait en valeur si elle laissait subsister le doute. Elle négligerait la question posée et parlerait de ce qu’elle déduisait, sans avouer qu’elle agissait en son nom personnel.

— Je vous écoute…

— Monsieur, on cherche loin, ce qui est tout près. Avez-vous regardé votre valet de chambre, cet Apollon ?

M. Rembrecomme darda sur Prudence des yeux étonnés, et il prit un temps pour ré pondre :

— Que voulez-vous dire ? Asseyez-vous donc.

Elle n’obéit pas à cette invite. Elle resta droite devant lui, mais ses bras ne pendaient plus le long de son corps, comme des membres de mannequin. Elle les croisait sur sa poitrine robuste, et elle paraissait défier l’univers. Une force la transformait.

— Ce que je veux dire, articula-t-elle lentement, que c’est lui l’assassin.

Le jeune homme se leva de son siège comme un automate et cria :

— Vous en êtes sûre ?

— Comme je vous vois !

Ils restent en face l’un de l’autre comme des statues de bois, durant quelques secondes.

Puis, M. Rembrecomme reprit :

— Quel serait le mobile ?

— Cherchez bien, murmura Prudence…

Sans qu’elle le voulût, ses paroles étaient