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prudence rocaleux

aux moineaux, ils s’arrangent toujours pour qu’il y ait une bataille. Quelle race tout de même ce qui vit ! Des hommes aux plus petits animaux, tout se bat ! Mais ça c’est du bavardage. Ce qu’il faut, aujourd’hui, c’est l’emprisonnement du scélérat de valet de de chambre. Je crois que le mieux pour moi, c’est d’aller voir son jeune patron. Je lui ferai un petit discours, et il verra que je dis la vérité. J’irai ce soir, à la « brune ». Nous voici fin septembre, et on reste chez soi vers 6 heures, surtout un fils, en deuil de son père. C’est pas un homme à prendre l’apéritif. Il est un peu verdasse, et son foie doit lui sortir par tous les pores ; donc pas d’alcool. J’ vas donc me donner de l’avance. Les patrons dînent à 8 heures et j’ai de la marge. Ah ! faire son devoir ! tout est là. Je me sens plus légère. Les meurtriers doivent être emprisonnés pour que les braves gens soient en sécurité. »

Prudence, pleine de résolution, attaqua son travail et l’heure glissa.

Au moment prévu, la domestique, armée de son cabas, qui constituait un prétexte autant qu’une contenance, se dirigea vers la demeure de M. Rembrecomme. Durant le trajet, elle répétait ce qu’elle lui dirait, et elle ponctuait ses phrases de gestes bien énergiques.

Elle sonna à la porte de service.

Julie fut effarée en la voyant :

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Je viens parler à vot’ patron.

— Ah ! qu’est-ce que vous avez à lui dire ?

— Quèque chose de grave…

— Vot’ monsieur a découvert l’assassin ?

— Non, il n’est pas de cette justice-là ; il ne les cherche pas. Il les guillotine, quand on les lui amène.