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prudence rocaleux

L’humeur de la domestique retrouva le beau fixe.

Pendant quelques jours, elle chanta dans sa cuisine, c’est-à-dire qu’elle ébranla les vitres, parce qu’elle donnait libre cours à sa voix.

Mme Dilaret eut bien quelques velléités de la prier de se taire, mais elle craignit de s’attirer une riposte imprévue et préféra ne pas essayer.

Un matin, tout changea subitement encore une fois.

Prudence revint de son marché, le visage bouleversé.

— Vous savez, Madame, le monsieur pas loin, la sixième maison après nous, a été assassiné c’te nuit.

— Oh ! quelle horreur !

— Madame peut le dire ! Il était très riche, qu’ils disent, et on l’a tué pour le voler. Y n’a qu’un fils qui pleure tout ce qu’il sait. Il aimait bien son papa et, au temps où l’on vit, c’est beau ! Il y a tant d’enfants qui appellent leurs parents des B. I., c’est une honte !

— Qu’est-ce que cela veut dire : B. I. ?

— Quoi ! Madame qu’est du grand monde ne sait pas encore ça ? Cela signifie bagage inutile.

— Oh !

— Lancer des oh ! cela n’empêche rien. Pour en revenir à mon histoire, je disais donc que le jeune monsieur était en voyage, quand on a tué son père. Il devait rentrer ce matin. Il est rentré trop tard. Le coup était fait. Je regrette une chose, dans cet événement, c’est que ce jeune homme ne soit pas une jeune fille.

— En voilà une idée ! Pourquoi cela ?

— Parce qu’elle pourrait se marier avec M’sieu Jacques ; elle serait riche et orpheline.