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prudence rocaleux

— Oui, oui, affirma Jacques, en se tenant les côtes.

Quand il fut plus calme, il dit avec dignité :

— Prudence, vous êtes un diamant, vous valez donc plus que l’or, et si j’étais quelqu’un dans la Légion d’honneur, je vous donnerais la croix ; mais quand vous ferez des discours, que la langue ne vous fourche pas.

— Non, M’sieu Jacques, j’y ferai attention, parce qu’il ne faut pas faire rire de soi, quand on devient un personnage. Ça me fait penser au garde champêtre de not’ village qui a voulu faire un discours patriotique et qui a dit : « La France fabrique une masse de cuirassiers pour que sa marine soit forte ! » Vous pensez si on s’est gaussé de lui !

À ce moment, Mme Dilaret survint et Jacques dit :

— Je félicitais Prudence sur son entremets.

— Quand on est chez des patrons qui vous comprennent, on peut se considérer heureux.

— Bravo ! s’exclama Jacques.

Il s’en alla, et Mme Dilaret resta tête à tête avec Prudence, au sujet de détails ménagers.

La servante, grandie par cet entretien récent, persuadée qu’elle était approuvée entièrement, confiante dans la satisfaction montrée par Jacques, planait dans les sphères remplies d’hallucinations et de mirages. Elle ne voyait plus qu’un couple éperdument amoureux par ses soins.

Entendait-elle Mme Dilaret ? Peut-être… parce qu’elle répondait par monosyllabes, d’un air parfois absent, parfois si extasié que sa patronne lui demanda non sans impatience :

— Vous composez des vers ?

Ce mot réveilla Prudence… des vers ? Quelle était cette insinuation ?

— Que veut dire Madame ?