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prudence rocaleux

la partie de cartes, pleine de gaieté. Des verres de liqueur de cassis, faite à la maison, étaient à proximité, et Prudence la savourait en experte. Puis, elle regagna sa chambre, alors que les jumelles regagnaient la leur.

Déjà adaptée à la douceur de cette vie facile, elle n’admira plus son cadre, pas plus qu’elle n’apprécia ses draps si agréables. Elle plongea presque tout de suite dans le sommeil.

Comme la nuit précédente, elle eut un cauchemar et se dit :

— Quand on boit du bordeaux, c’est lourd, et on ne devrait pas prendre de liqueur après… mais un peu de remontant ne fait pas de mal, et un cauchemar n’est pas une affaire… J’aime le cassis… il est peut-être un peu fort, mais, une fois n’est pas coutume.

Après quelques minutes d’insomnie, elle se rendormit et, le lendemain, elle arriva dans la cuisine, l’air épanoui, et s’écria :

— Les oiseaux m’ont réveillée de grand matin… Je ne dors plus depuis 5 heures… Si je n’avais pas eu peur de vous déranger, je me serais levée plus tôt…

— Fallait pas vous gêner !… On aurait pensé que vous vouliez vous débarbouiller avec de la rosée pour avoir le teint plus frais…

Les trois femmes partirent d’un éclat de rire prolongé.

Quand le petit déjeuner fut terminé, Prudence manifesta le désir d’envoyer une carte à sa patronne.

— Faut que je lui annonce mon arrivée et votre bon accueil… Faut être polie…

— C’est tout naturel, opina Justine.

— J’ vas vous donner du papier et de l’encre, dit Julie.

— Non, merci… j’ai une carte-lettre et un stylo… C’est M’sieu Jacques qui me l’a offert…