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prudence rocaleux

— J’ savais bien que vous ouvririez des yeux comme des portes !

— Il y a de quoi ! Je vous vois paisible sur vot’ chaise et vous me racontez une chose pareille !

Alors Prudence entama son beau récit.

L’étonnement d’Eudoxie s’atténua. En somme, Prudence n’était pas une réelle artiste… On l’avait prise au hasard.

— Quand est-ce que votre image passera sur l’écran ? Ce sera à voir !

— Je ne sais pas encore le jour…

— Vous devriez vous renseigner…

— Oui, quand je reviendrai…

— Ils disent que cela dure quelquefois des années pour « tirer » leurs photographies…

— Ah ! répliqua Prudence soucieuse.

— Je ne suis pas bien sûre, vous savez !

— Tant pis !… je pars demain et je n’ai pas le temps de m’occuper de cette affaire…

— Ah ! ce sera un vide pour moi, quand je tournerai seule dans cette grande maison…

— Bah ! vous vous ferez une raison… huit jours sont vite passés !

— Faudra bien !

Les deux femmes montèrent se coucher. Prudence rangeait encore, alors que, dans la chambre voisine, Eudoxie dormait depuis longtemps.

Un peu d’émotion étreignit Prudence quand, le lendemain, le train s’ébranla et qu’elle vit Eudoxie agiter le mouchoir blanc traditionnel. Elle n’éprouvait nulle joie du séjour envisagé. Il lui semblait qu’elle se lançait dans une promenade aventureuse et qu’elle ne connaissait plus « Mam’zelle Julie ». Elle se demandait même ce qu’elle allait faire chez elle, maintenant qu’une amie nouvelle lui était née en là personne d’Eudoxie. Elle pensait aussi à Mlle Parate qui l’attendait.