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prudence rocaleux

Elle savoura son bonheur en silence durant quelques minutes, puis elle se dirigea vers la pièce ou se tenait Mme Dilaret et se présenta devant elle, les traits empreints de majesté :

— Madame me voit bien ?

— Oui, Prudence, répondit sa maîtresse après l’avoir regardée durant quelques secondes.

— Ma figure ne reluit pas ?

— Non… pas trop… Pourquoi ?

— Parce que la gloire doit être dessus…

Mme Dilaret examina sa servante avec une certaine inquiétude.

Oh ! Madame n’a pas besoin d’ouvrir des yeux pareils !… Qu’elle le veuille ou pas, j’ suis dans la gloire, à cause de mon talent si naturel…

— Mon Dieu, Prudence, je ne sais pas si j’ouvre des « yeux pareils », mais vous me racontez parfois des choses si étonnantes, que j’ai le droit de me montrer surprise…

— Cette fois, il y a de quoi ! Et, ce qu’il y a de plus méritant dans mon cas, c’est que j’ignorais ma gloire !

— Expliquez-vous, je vous en supplie, je n’aime pas les énigmes et je vous mets aussi en garde contre la mauvaise habitude que vous avez de laisser les gens en suspens, quand vous voulez leur apprendre quelque chose… Il faut une patience !

— Ah ! ah ! je vois que Madame meurt d’envie d’être au courant ! Eh ben ! je ne ferai pas languir Madame, je suis une grande artiste…

Mme Dilaret ne riposta pas. La stupéfaction se lisait sur ses traits. Elle regardait Prudence, et l’inquiétude qui l’avait envahie précédemment revenait avec plus de force…

Prudence se tenait devant elle, poings sur