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PRUDENCE ROCALEUX

Depuis quelque temps déjà, Prudence ne craignait plus de prendre seule le funiculaire. Elle aimait même beaucoup se promener sur la colline, bien qu’elle regrettât qu’il n’y eût pas plus de magasins. Quand elle avait terminé l’inventaire des souvenirs pieux étalés aux vitrines, elle trouvait ce spectacle un peu mince.

Elle connaissait aussi Saint-Just et le cimetière de Loyasse, et elle n’était pas peu fière de citer les ruines de l’aqueduc romain et celle des arènes.

Le dimanche où elle projeta de se rendre à Fourvière, elle reçut une carte postale de Julie. Elle en fut transportée…

— Madame… Madame ! s’écria-t-elle, voici un bonheur qui m’arrive… Julie n’est pas une oublieuse ! Ce n’est pas une de ces femmes qui vous disent : « Entrez ! », d’une main, et qui, de l’autre, vous ferment la porte ! Elle m’a invitée et elle me rappelle que je lui ai dit : « Oui, j’irai. » Ah ! c’est une brave femme, et je regrette que Madame ne la connaisse pas ; peut-être qu’elle aurait invité Madame aussi… Et ça aurait été mignon de partir toutes les deux ! Nos deux messieurs auraient vu ce qu’était une maison sans femmes. Ah ! c’te bonne Julie ! J’ vas lui répondre que ça reste comme convenu… Je lui avais proposé le 1er octobre… Madame y consent toujours ? Oui… Eh bien ! ce qui est fait est fait… J’ vas me préparer pour ce moment-là. J’ai encore dix jours… Quel bonheur ! J’ vas m’en payer de la verdure et du lait, et de la crème, et des bons œufs que j’irai cueillir sous la poule… Les bonnes bêtes… cela vous parle toujours avec des cre, cre, cre ! et la petite tête marche, et les pattes vont en l’air ! C’est gai !… Ah ! la campagne, quelle belle invention ! L’ bon Dieu a eu une fameuse idée