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prudence rocaleux

C’est pas des coups à faire ! Vous serez puni un jour… On ne reste pas gamin aussi long temps…

Prudence paraissait très en colère, parce que son amour-propre était blessé. Elle venait de passer pour une femme sans finesse aux yeux de Julie, et cela lui était intolérable.

— Oui, vous serez puni, dit-elle d’un ton sentencieux. Vous verrez que vous aurez une femme laide et désagréable.

— Merci !

Jacques se sauva en riant.

Prudence le regarda partir avec un sourire.

Elle ne pouvait lui garder rancune, parce que c’était un joyeux garçon, toujours aimable. Il avait voulu la distraire et elle aurait dû comprendre qu’il lui racontait une galéjade.

Quand elle revit seule Mme Dilaret, elle aurait bien voulu passer cet incident sous silence, mais elle ne le put :

— Alors, M’sieu Jacques m’a conté une histoire qui n’était pas vraie. Il n’y avait pas de belle jeune fille sous roche… Je crois qu’il ne se mariera jamais… il aime trop rire, et le mariage n’est pas fait pour s’amuser… Ce n’est pas qu’on ne soit pas gai de temps en temps, mais bien souvent on a le noir… Si Madame pouvait conserver son fils, elle serait plus heureuse, parce que les belles-filles, cela n’a pas toujours du bon… Enfin, on ne peut pas connaître l’avenir…

— Vous avez raison, Prudence, on ne peut qu’attendre les événements, surtout en ce moment où le chaos nous environne. On ne peut que vivre au jour le jour…

— Oui, et cela me donne l’idée d’aller à Notre-Dame de Fourvière un de ces dimanches…