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PRUDENCE ROCALEUX

— C’est dommage que vous ne restiez pas pour souper avec moi, dit Julie.

— Oh ! y faut que je serve mes patrons. Je ne veux pas les laisser… y comptent sur moi… Quand je serai dans vot’campagne, nous dînerons ensemble…

— À propos de ça…, à quelle époque viendrez-vous ?

— J’ai choisi les huit premiers jours d’octobre… ordinairement, le temps se fait beau à ce moment-là, avant de prendre son habit d’hiver… Et pis, je verrai les champs sans fleurs et ça me donnera une idée du dépouillement futur. Si je trouve vot’ pays joli, j’y achète une baraque et je m’y installe.

— Tant mieux.

— Quand on a des amis dans une région, on la trouve tout de suite plus agréable. C’est pas que j’aime parler, mais quand on est trop seule, c’est fâcheux pour la santé… J’aime la solitude, mais y faut que je puisse me dire : « Prudence, si cela te chante, t’as une voisine bien aimable que tu peux aller visiter… » Alors, on secoue ses noirs en faisant une patience, tout en buvant un petit café comme aujourd’hui, et on s’en revient chez soi à côté de son chat. C’est une société aussi, ces bêtes… On leur parle, et elles vous répondent.

— C’est la belle vie ! Ne plus faire la queue pour ces denrées de malheur, manger des légumes pas frais, alors que, dans un jardin, vous avez de tout…

— Même les lapins, les poules et leurs œufs… et encore les canards ! et pis, on tue le cochon dans les villages, et on mange du boudin qu’on voit faire et des saucisses qui ont une bonne odeur… Ah ! que je voudrais y être !

— Je vois que vous avez une vue claire sur les agréments de la campagne… Vous avez