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prudence rocaleux

à l’aise. Moi, j’aime les demi-saisons. Je n’ai pas trouvé d’occasions au marché, les produits manquent. Il y a pourtant des tomates et, avec elles, on peut tout accommoder : les plats les plus insipides deviennent bons. J’ai vu des jolies jeunes filles, ce matin ! C’était un plaisir, il y en avait plus que de légumes ! Je pensais à ce bon M’sieu Jacques… Y avait de quoi choisir. Quand qu’il viendra ce moment-là pour lui ?

— Je ne sais pas encore…

— Méfiez-vous, Madame ; quand les garçons ne disent rien, c’est qu’ils préparent une surprise…

— Que voulez-vous dire ? Vous savez quelque chose ?

Cette prolixité, ce préambule alarmèrent Mme Dilaret. Elle trouvait à Prudence un air mystérieux et entendu. La réponse spontanée la soulagea.

— Moi ? absolument rien ! C’est pas à moi que M’sieu Jacques ferait sa confession, bien sûr. C’est à la mère, à tout savoir en premier. Et je pense certifier à Madame que si M’sieu Jacques voulait me dire un secret, je l’arrêterais en disant : « Je ne veux rien entendre, M’sieu. J’suis d’âge à être votre mère, mais je ne veux rien savoir. Honneur d’abord à votre mère qui vous a mis au monde. »

Prudence se tut, contente de son geste, éblouie par ses propres paroles. Les mains sur les hanches, elle semblait défier : « En auriez-vous trouvé autant ? »

Mme Dilaret rit de cette attitude et dit :

— Avec les garçons, on est toujours sur le qui-vive…

— Vous avez raison, mais M’sieu Jacques n’est pas un homme à secrets ; c’est franc, c’est sérieux ; tout de même, il aurait une petite connaissance, que ça ne m’étonnerait