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prudence rocaleux

Jacques, bien que je sois une femme qui le mériterait… Y n’y a pas plus honnête ; mais j’aimerais aussi débrouiller cette énigme…

— Vous avez l’âme d’un détective, bonne Prudence !

Sur ces paroles, Jacques quitta la place.

Prudence enfermait maintenant dans son cercle de pensées deux problèmes de premier plan : d’abord, la recherche de l’assassin, puis celle de la personnalité de l’élue de Jacques.

— Ce petit, pourvu qu’il ne fasse pas une bêtise. Toutes les femmes sont habillées de même, et on ne peut plus reconnaître une bonne d’une mauvaise. Quelle affaire !… Moi, si je la voyais, c’te petite, je verrais tout de suite de quelle classe elle est. Les hommes n’y connaissent rien. Ils rencontrent un minois et s’en toquent sans s’inquiéter de la parenté. Le fils d’un juge ne peut pas épouser n’importe qui. Ah ! qu’est-ce que nous allons voir ! Tout de même, s’il prévenait sa mère, ce petit, ça serait mieux. Me voilà bien embarrassée ! J’ai promis le secret, mais j’ai parlé un peu vite. Madame saurait bien se renseigner. Quand on a la justice à sa disposition, on n’a pas le droit de se tromper. Mais quelle idée a eue M’sieu Jacques de choisir une femme lui tout seul ! il est vrai que ces coups-là arrivent sans qu’on les cherche. Pan ! un choc au cœur et le tour est joué. Va-t-on réfléchir après cela ? Ah ! si seulement je trouvais mon meurtrier sans le chercher. Si un matin, en faisant mon marché, je me trouvais nez à nez avec lui ! Dire que je passe peut-être à côté de lui et qu’il me nargue ! Ah ! je donnerais bien deux sous pour tenir mes 100 000 francs, et alors, j’aimerais la campagne comme Julie. C’te bonne Julie, elle est aimable tout de même pour m’inviter dans son patelin. J’irai au début d’octobre, ce ne