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au niveau de toutes les nécessités, et au bout de quelques jours il put se dire que ses ailes étaient suffisamment fermes pour affronter les éléments.

Une grande sécurité lui allégea l’esprit.

Il avait écrit à Plit et en avait reçu une réponse. Ce dernier, très fier de cette marque de sympathie, lui avait répondu longuement, lui donnant des détails sur l’atelier, les commandes et les compagnons.

Gérard n’avait eu garde d’oublier le patron Bodrot. Il l’entretint de différents épisodes touchant la mine, de sa situation, de sa décision de rester là quelques années. Il en obtint une lettre amicale par laquelle il apprit que le mariage de Mathilde et de Plit aurait lieu en avril. Le futur ménage avait trouvé un logement de trois pièces non loin de l’atelier. Mathilde l’organisait déjà.

Il semblait à Gérard qu’un temps déjà long se fût passé depuis qu’il avait quitté Paris. Le printemps était là, non encore avec un soleil chaud et gai, mais avec ses promesses. Avril allait commencer. Son père était parti depuis trois jours, et Gérard attendait avec impatience de ses nouvelles.

La première personne que vit M. Manaut fut le P. Archime. Les deux amis s’étreignirent avec émotion. Le religieux avait compris au visage de son ancien camarade que tout était en bonne voie et que Gérard devenait un homme de valeur.

— Et puis, mon ami, tes pauvres auront de nouveau du tabac. Ta besace va être garnie, tu vas voir cela !

Après une heure de causerie, M. Manaut était retourné à ses affaires, tandis que le cher P. Archime organisait ses dons en pensée en serrant dans sa poche le beau billet que son ami avait glissé dans sa main.

M. Manaut alla trouver le patron Bodrot. L’entretien qu’il eut avec lui dans son atelier l’engagea à vouloir faire la connaissance de Mathilde. Le patron l’invita donc à venir un soir, et le banquier ne put que se féliciter des moments passés dans cet intérieur.

Plit était là. Mathilde parla beaucoup de Denise qu’elle avait revue et de la joie qu’elle avait eue de connaître Mme Laslay, installée de nouveau en France avec sa famille.

Plit ne put s’empêcher de dire, lui, qu’il avait beaucoup appris avec son camarade Gérard, et M. Manaut fut très fier de cette parole-là.

Il serra la main du patron Bodrot en disant :

— Nous devons être de bons pères, puisque nous avons de si bons enfants…

Bodrot rit de tout son cœur et répliqua :

— Soit dit sans nous vanter, la France serait un fameux pays,