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elle recouvra l’usage de la parole, vous avez fait une chose semblable sans m’en parler !… C’est insensé !

Ce fut au tour de Christiane d’être stupéfaite. Elle comptait recevoir un éloge, réticent il est vrai, puisque les principes de Mme Fodeur consistaient à ne pas exalter une belle action, et elle recevait un blâme, jeté avec aigreur.

Mme Fodeur suffoquait.

La prodigalité de Mlle Gendel lui enlevait tout prestige. Toute sa joie de dispenser des aumônes lui était subitement enlevée. Son rôle redevenait celui d’une pauvresse à qui ne restait que les facultés de conseillère.

Une colère la secoua. Son calme fondait sous des mots manquant de cohérence entre lesquels on distinguait : stupide, tête folle, mauvaise compréhension cerveau romanesque.

La jeune fille était complètement atterrée.

Enfin, Mme Fodeur reconquit une sérénité apparente à force d’énergie, et elle finit par prononcer d’une manière intelligible :

— Permettez-moi de vous déclarer, ma chère enfant, que vous avez agi sans réflexion, On ne se dépouille pas aussi légèrement de millions. Vous auriez pu secourir, vous-même, avec perspicacité, des pauvres très méritants, avec autant de soin que les personnalités dé nos œuvres. Ne vous ai-je donc pas bien guidée jusque ce jour ?…

Christiane convint spontanément que Mme Fodeur se montrait aussi