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— Oui… oui… j’entends… Et j’aurais été comme lui… Heureusement pour moi, ma femme m’a aimé tout de suite, autant que je l’aimais, n’est-ce pas, ma douce ? De notre temps, nous n’étions pas compliqués… Mais tu n’as pas fini !… Et tu l’as annoncé à ta mère que tu ne voulais pas te marier ? Non n’est-ce pas ?… Je pense qu’elle sera suffoquée quand tu lui feras part de la décision… Elle aime qu’on lui fasse la cour et ce qui m’étonne c’est qu’elle ne se soit pas remariée…

— Oh ! mon ami…

— C’est vrai, je dis des bêtises… mais ne t’en prends qu’à Christiane… Ah ! si son pauvre père vivait !… que penserait-il de tout cela ?

Mme Lavique intervint encore :

— Cette chérie veut se retirer… laisse-là nous faire ses adieux tranquillement…

— Bon, je me tais… Quand reviendras-tu, beauté récalcitrante ?

— Je ne sais pas encore…

— Préviens-nous…

Christiane ne put s’empêcher de sourire devant l’insistance du vieillard… Elle prévoyait qu’il ne négligerait aucune occasion de la rapprocher de Robert Bartale.

— Au revoir, chère Madame, au revoir cher Monsieur… ne soyez pas trop fâché contre moi…

Elle disparut gracieuse, souriante, mais quand elle fut dans l’automobile, toute sa force nerveuse tomba. Son sacrifice lui apparut lourd et horrible et il lui sembla que tous les