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quelques jours… Ton mari n’est pas venu avec toi ?

— Il est à la chasse et je n’ai pu résister au désir de t’embrasser… Il me semble qu’il y a une éternité que je ne t’ai vue… Cela me fait du bien de revivre dans ce pays… Entre nous, il n’y a pas mieux que la France… les autres villes me font l’effet de hors-d’œuvre… Ceux-ci flattent le palais, mais ne constituent pas une nourriture…

La mobilité du caractère de Bertranne lui fit ajouter :

— Tu es toujours belle, mais un peu triste… Tu n’as pas de chagrin ? Ta santé est bonne ?

— Très bonne… Et toi… tu as l’air gaie, heureuse, tu sembles grandie…

— Quelle agréable parole !… Heureuse ? Je suis une femme comblée, trop comblée ! Je ne désire plus rien, c’est même monotone. Robert est parfait. Cependant ce n’est pas un amoureux passionné, mais il est plein de prévenances… Je l’aime avec fougue, et je voudrais qu’il m’aimât de même, mais chacun à sa manière. C’est déjà bien beau que je l’aie épousé pour pouvoir vivre à ses côtes.

Christiane recueillait ces paroles avec avidité. Elle pressentait que Robert gardait son souvenir et elle en éprouvait une joie mêlée d’amertume.

La paix lui venait et il fallait que cet imprévu la lui enlevât.

Elle voulut faire une diversion en demandant à Bertranne des détails sur les pays qu’elle avait visités.

— L’Italie répliqua la jeune mariée, une quantité de lignes pures et