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cela ? Mes derniers jours vont être empoisonnés.

Christiane redouta d’avoir frappé trop fort.

Elle essaya de se maîtriser pour dire :

— N’envisagez pas cet événement si profondément, mon destin était sans doute de vivre ces heures… Je suis satisfaite, malgré tout, d’avoir été l’instrument du bonheur de Bertranne.

— Vous êtes une noble créature ! s’écria Mme Fodeur subjuguée… Croyez, ma bonne enfant, que Dieu vous en récompensera quelque jour.

Ce fut une parole heureuse. La récompense est l’espoir des âmes honnêtes. Cette perspective vivifia le cœur de Christiane et sa désespérance eut un instant de douceur.


VIII


Les jours, puis les semaines passèrent.

Il fallut à Christiane un courage étonnant. Elle ne pouvait penser à Bertranne sans une révolte, ni à Robert sans un serrement de cœur.

Tout autour d’elle lui paraissait vide. Ce qu’elle voyait, ce qu’elle entendait lui semblait confus, et quand on lui adressait la parole, elle tressaillait comme si elle sortait d'un songe.