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tenant le mari de votre fille ! Alors que j’allais annoncer mes fiançailles à Bertranne elle m’a avoué qu’elle aimait Robert Bartale, sans soupçonner notre rivalité… Afin qu’elle ne soit pas malheureuse, je me suis tue et j’ai renoncé à mon mariage… Voilà mon secret et la cause de la bizarrerie que vous me prêtez…

— Vous avez fait cela !… s’exclama Mme Fodeur, dressée et tremblante.

Ceux qui dirigent vers la perfection qu’ils savent si aride sont généralement surpris quand leurs leçons dépassent leurs exemples.

Mme Fodeur qui prêchait l’abnégation sous toutes ses formes, ne pensait pas que les fruits en seraient si beaux et que sa fille en profiterait.

Une admiration et une confusion tout ensemble la jetèrent vers la jeune fille, et elle ne savait comment exprimer cette admiration et masquer cette confusion. Elle ne pensa pas à douter de ses paroles la sachant capable d’héroïsme.

Son rôle devenait pénible. Elle n’oubliait pas que sa fille bénéficiait de ce renoncement et ses paroles devaient être mesurées.

— Je suis désolée, ma pauvre enfant, que Bertranne soit la cause indirecte de votre douleur. C’est un grand malheur que les deux amies aient eu la même tendresse au cœur. La fatalité vous accable. Votre beauté d’âme est surhumaine et je ne sais comment vous persuader de mon douloureux étonnement.

Mme Fodeur cherchait ses mots.