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Elle dit avec un peu d’enfantillage :

— Je serai heureuse de donner… je veux tendre à la perfection… il me semble qu’il est doux de forcer l’admiration de ceux que l’on oblige.

— Oh ! Oh ! seriez-vous orgueilleuse ? trancha Mme Fodeur.

Christiane rougit. Elle n’avait pas pensé à l’orgueil. Seule l’opinion qu’on pouvait avoir de sa mère l’avait poussée à ces paroles.

Mme Fodeur nota que Christiane serait malléable. Elle pressentit une collaboratrice souple, riche, avide de se dépenser et une joie l’inonda d’avoir une telle compagne pour ses courses.

Souvent, elle reculait de monter dans une mansarde sordide, parce qu’elle y entrerait les mains vides, mais la situation changeait.

Son instinct de dominatrice se réveillait brusquement. Elle allait commander, ordonner, prescrire, et ce rôle l’éblouissait.

Elle reprit plus froide, plus assurée :

— Il faut se détacher de tout, quand on pratique la charité.…

Elle soupira. Elle parlait de détachement, mais ne le pratiquait pas encore, enviant souvent les biens terrestres.

Elle répéta avec plus de force, autant pour soi que pour la jeune fille :

— Se détacher de tout…