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mon illusion, qui lui a attribué des sentiments qu’il ne possédait pas ? Dis, Christiane ?

— C’est sa joie, à lui.

— Et dire que j’étudie depuis l’âge de huit ans pour ne pas savoir déchiffrer sur les traits d’un homme s’il m’aime ou pas ! Quelle ironie ! La vie est stupide, car elle n’accorde créance qu’aux faits… Ce qu’on devrait développer, surtout chez la femme, c’est l’intuition… Ah ! mon amie, que je suis heureuse !

— Je le constate avec émotion, et…

— Si tu savais comme il est doux d’aimer…

Christiane tressaillit. Mme Fodeur n’avait donc rien dit ?… Bertranne était-elle ignorante de ses fiançailles ?… Sans doute, puisqu’elle faisait cette réflexion.

Pourquoi sa mère avait-elle gardé le silence ?

Bertranne poursuivait :

— Je n’ai plus envie de travailler. Je marche sur des nuages… Je me sens belle et je trouve le monde admirable. L’amour me paraît le sentiment le plus malicieux qui soit. Il nous amène poings et pieds liés devant lui. Pourquoi le représente-t-on sous la figure d’un enfant ? Ce devrait être un adulte, ayant beaucoup médité, et qui repousse dédaigneusement tous les livres pour la page unique où il a aimé. Tout le monde comprendrait au moins que tout est vain, hors l’amour…

Christiane écoutait, amusée. Elle reconnaissait l’enthousiasme verbeux de Bertranne.

Elle riposta :