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— Tendre ! allons donc ! Si elle l’était, il y a longtemps qu’elle se serait jetée à la tête d’un mari…

— Soyez correct… vous parlez à une jeune fille…

— C’est vrai, pardon, je croyais m’adresser au médecin psychologue… Maintenant avec ces temps modernes, on ne sait plus où s’arrête l’ingénuité !…

Ils rirent gaîment.

— Je reprends, continua Bertranne. Aussi paradoxal que cela puisse vous paraître, Christiane est une tendre, mais c’est un volcan sous de la cendre. Elle a dirigé ce feu vers les miséreux, parce que ma mère, très dévouée aux pauvres, s’est trouvée sur son chemin. Elle aurait pu tomber moins bien. Ce n’est donc pas une vocation instinctive, ni raisonnée, mais circonstancielle. Cela lui a permis de laisser fuser les qualités généreuses qui la possèdent, avec les scrupules qui les entravent. Sa mère est sa croix… Elle aimait un jeune homme, ai-je cru deviner, et elle s’est appauvrie pour décevoir son adorateur… C’est elle qui a été déçue, car il a continué de l’aimer pour sa beauté seule… Alors, elle s’est enlaidie… Vous voyez que par excès d’orgueil, elle s’est humiliée…

M. Lavique écoutait, ému. Il pensait à Robert, mais ne prononçait pas son nom. Il ne voulait pas abuser de la confiance de son jeune ami.

Il murmura :

— C’est de la démence…

— Elle provient d’un esprit d’of-