Page:Fiel - Armelle devant son vainqueur, paru dans l'Ouest-Éclair du 3 septembre au 10 octobre 1937.djvu/187

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pas de l’avenir, ayant un présent plein de sourires.

Gontran Solvit revint trois jours après sa première visite.

Il avait apporté une aquarelle faite à Rome, et il voulait en faire présent à M. de Saint-Armel.

Le prétexte était si flagrant, la hâte si peu déguisée, que chaque membre du trio Saint-Armel en apprécia la naïveté joyeusement.

Mlle de Saint-Armel ainée eut un accueil gracieux et son frère fut tenté un moment de dévoiler son astuce afin de prévenir Gontran.

Il voyait le visiteur si confiant, si visiblement ravi qu’il était navré que l’on trompât le malheureux. Cependant, il ne pouvait guère l’aviser avant qu’il se déclarât.

Laissé seul avec Armelle, dans la serre où elle lui montrait des orchidées, Gontran osa lui dire :

— Vous avez pressenti ce que j’ai peur encore de vous avouer.

Dans son émotion, elle ne put répondre. Ses yeux profonds se levèrent vers lui.

Il lut sans doute dans ce regard ce qu’il désirait, parce qu'i1 s’écria :

— Serais-je assez privilégié pour vous plaire ?

Sa voix tremblait.

Elle murmura avec douceur :

— Je crois que nous pourrions être heureux.

Pâle, il lui prit la main et la balsa.

— Ma chère, chère Armelle.