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ÉPREUVES MATERNELLES

X


Ce qui plaisait à Denise chez ses nouveaux maîtres, c’est qu’ils recevaient peu. Elle craignait tellement de revivre l’aventure qui s’était passée chez Mme Dutoit qu’elle eût préféré que l’on vécût en ermites. Elle appréhendait chaque coup de sonnette.

Cependant, le couple possédait de vieux amis.

Un matin, Mme Rougeard prévint sa servante :

— Nous soignerons bien le déjeuner aujourd’hui, Marie, une de mes amies d’enfance doit venir.

— Bien Madame.

Après quelque débat sur le menu, Mme Rougeard s’arrêta à celui que lui proposait Denise, déclarant qu’il serait parfait.

— Où avez-vous donc cuisiné pour établir des repas aussi fins et aussi bien composés ?

Chaque fois qu’une question de ce genre était posée à Denise, elle essayait de l’éluder en détournant le sujet.

Mme Rougeard s’étonnait toujours de ces incidents et sitôt avec son mari, elle les commentait.

— Cette femme m’intrigue de plus en plus… elle sait ordonner un repas à la perfection… Nous allons avoir un déjeuner charmant si elle le réussit.

— Tant mieux.

M. Rougeard renonçait à comprendre. Il laissait sa femme se creuser la tête sur ce problème qui n’avait selon lui, nul besoin d’être résolu.

Ce fut avec assez d’intérêt que Denise cuisina, bien qu’elle fût soucieuse par l’arrivée de cette inconnue.

Elle alla lui ouvrir quand elle sonna.

Elle se trouva en face d’une dame d’âge moyen, habillée, sinon avec une élégance moderne, du moins avec recherche. Elle était vêtue de noir et son sourire bienveillant éclairait cette tenue.

Sitôt qu’elle fut dans le salon, Mme Rougeard se précipita à sa suite et les deux amies, s’appelant par leurs prénoms, s’engagèrent dans une conversation animée.