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ÉPREUVES MATERNELLES

trouvons si bien est peut-être une femme coupable ou une mère dénaturée.

— Attendons pour juger, mon ami.

M. Rougeard reprit son journal à la suite de cette explication. S’il était perspicace, il ne devinait cependant pas le sombre destin de Denise.

Cette dernière ne se doutait pas qu’on épiloguait sur elle. Relativement heureuse, elle accomplissait son service avec facilité.

Mme Rougeard se louait d’elle, chaque jour davantage. Mais excitée par les paroles de son mari, elle eût voulu connaître le passé de celle qui la servait. Marie Podel parlait trop peu à son gré, et semblait éviter soigneusement de revenir sur le temps où elle n’était pas à Colombes.

Ce qui surprenait aussi sa maîtresse, c’est qu’elle n’éprouvait jamais le désir de sortir. Au contraire, elle paraissait se complaire dans l’ombre de la maison.

À vrai dire, Denise ne savait où aller. Elle aurait aimé voir ses enfants, seul but au monde qui l’intéressât, mais n’ayant aucun indice sur le lieu de leur résidence, elle patientait encore.

Elle tardait aussi à donner de ses nouvelles à la jeune Rose. Elle y pensait souvent, mais se réservait pour un peu plus tard.

Depuis qu’elle se portait mieux et qu’elle avait plus de loisirs, elle réfléchissait à l’étrangeté de sa vie. Elle retrouvait son équilibre. Son cerveau perdait l’horrible empreinte des jours où elle battait le pavé de Paris pour trouver de quoi se nourrir. Mais si quelque liberté lui permettait de se féliciter de la paix qu’elle avait obtenue, elle lui laissait également celle de penser plus étroitement à ses deux trésors perdus.

Cela devenait une hantise. Parfois, la nuit, elle se réveillait en sursaut, ayant l’angoisse d’un malheur survenu. Une sueur froide coulait de ses tempes et elle se désespérait de ne pas connaître l’endroit où leur père les cachait.

Elle se demandait si elle ne devait pas écrire à Paul Domanet afin de se renseigner. Mais elle se rendait vite compte de l’inanité de cette entreprise. Elle escomptait alors un miracle qui la mettrait en