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LE PÈRE MICHEL. 91 Lorsque j’y arrivai, le temps de la marée était passé, et les chaloupes de Beaumont avaient quitté le port depuis déjà deux grandes heures. Force me fut donc de traverser le fleuve à la Pointe Lévi, et de faire la route à pied. Elle n’était pas longue habituellement — deux petites lieues, — mais ce jour-là elle se fit interminable; depuis quatre mois j’étais sans nouvelles de ceux que j’aimais. Déjà j’étais arrivé sur le coteau de Vincennes ; mon cœur battait à me rompre la poitrine ; il n’y avait plus qu’un quart de lieue pour se rendre au moulin, et prenant mon sac, je l’appuyai le long de la clôture, puis m’assis dessus pour préparer mes idées aux joies que j’allais éprouver. En ce moment le petit Turgeon passait ; je vis bien que ma blessure et la fièvre m’avaient changé, car il me regarda sans me reconnaître ! — Eh ! l’enfant, il n’y a rien de nouveau dans la paroisse, lui dis-je en grossissant ma voix ? — Non, monsieur, fit-il d’un air tout effrayé. — Où vas-tu donc de ce pas, ajoutai-je doucement pour le rassurer ? — En bas de la côte, chez Pitre Belours. — Mais, c’est au moulin ça ; comment va le meunier Labrèque ? L’enfant me regarda avec des yeux tout grand ouverts, et me dit simplement : — Depuis trois mois et demi il est mort, monsieur.