Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante, contes et récits, 1874.djvu/85

Cette page n’a pas encore été corrigée


LE PÈRE MICHEL. 77 de bois de chauffage. Les bras se fatiguaient rien qu’à tremper l’hameçon dans l’eau. Aujourd’hui tout s’en va, même le poisson ; regarde ma ligne, Henri ; comme elle est tranquille ! En ce temps-là, je passais ma vie chez Juste La- brèque. Il n’était pas riche ; mais c’était un brave homme qui par-dessus le marché était mon oncle et mon parrain. Nous jasions de choses et autres et, comme il avait bon jugement et que la gazette n’avait pas encore pénétré dans la paroisse, tout le monde acceptait son avis, sa décision, comme parole d’Evangile. Il était beau surtout, lorsque la conversation tom¬ bait sur l’empereur que le maître d’école, Mclntyre, s’obstinait à appeler “ Mossieu de Bonaparte. ” Oh ! alors son dos voûté se redressait, son œil devenait flamme, sa moustache tremblottait, et il m’a toujours semblé que mon oncle, vu comme cela, écrasant de son regard et de sa parole le maître d’école, ressem¬ blait à ce vieux grenadier qui suit l’empereur, s’élan¬ çant sur le pont d’Arcole, un drapeau à la main, comme on le voit dans la vieille gravure que le seigneur de Beaumont a dans sa bibliothèque. Depuis sept ans mon oncle avait été installé par le seigneur meunier en son moulin banal que tu vois là-bas sur la grève. C’était moi qui lui aidais à mettre la farine dans les bluteaux, et cela faisait vraiment plaisir que de travailler auprès du parrain,