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BELLE AUX CHEVEUX BLONDS. 61 Le refrain faisait merveille ; on le répétait à tue- tête, et pourtant ce diable de cimetière trottait tou¬ jours devant nous. Enfin, une maison de sombre apparence se dessina lentement à notre gauche, et, amoindrissant poliment les sons de sa voix de basse-taille, Augustin nous dit : — Attention ! mes futurs confrères ! c’est ici que vont commencer les précautions : il va falloir insi¬ nuer le cheval dans ce fourré de sapins, et escalader ce grand mur gris qui sort de ce banc de neige, là- bas. Passe-moi un pic, Ulric, et en besogne ! — Est-ce qu’on n’en décapite pas une ? hasarda timidement Marc. — Tu as de l’esprit, toi, et tu finiras par avoir la spécialité des hydropisies ; puisque tu le veux bien, passe-moi la cruche avec le pic. Un glou-glou sonore fit le tour ; puis la cariole poussée par six bras vigoureux alla se confondre avec les rameaux ployés par la neige, et dix minutes après, nous commencions à entamer la terre durcie d’une tombe, placée à angle droit avec la grande croix du cimetière. Nous travaillions doucement, bien doucement, de peur d’éveiller les gens, et surtout les chiens du voi¬ sinage. Nos mains étaient bleuies par l’onglée, ce qui n’empêchait pas les pieds de tomber régulière¬ ment. Ils grinçaient bien, de temps à autre, sur un caillou subitement ramené au grand air, mais en somme, ce n’était pas trop dangereux, car pas un chat ne rôdait autour du champ des morts.