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A LA BRUNANTE. ressaut Augustin qui, je dois lui rendre cette justice, possédait son itinéraire à merveille. Dans l’une d’elles, je me rappelle qu’il nous fit part d’une de ses meilleures théories. Le whiskey écossais pris chaud, disait-il, est excel¬ lent. Il laisse, primo — un doux parfum de fumée au palais qui vous rappelle, à s’y méprendre, celui de la pipe culottée laissée au logis; secundo — l’hi¬ ver, il concentre au foie une chaleur toute bienfai¬ sante, et tertio — pris à doses répétées, il sème sur les lèvres de ces chansonnettes, comme seuls savent en fredonner les excellents montagnards qui le dis¬ tillent, grivoiseries inoffensives qui feraient rendre des points à la douce gaieté du poëte Burns, un Ecossais modeste s’il en fut un. Chaque jour, il creusait dans sa cave d’aussi larges sillons que sa charrue en laissait dans son champ. — Allons ! “ Mes chères brebis, ” pour me servir de l’heureuse expression de madame Deshouillières, en souvenir d’Augustin retenu ce soir par les suites désastreuses d’un violent mal de che¬ veux, à la santé du chansonnier Burns ! — A force d’avaler du hot scotch, le temps semblait se refroidir singulièrement autour de nous, et ce diable de cimetière s’allongeait toujours devant les naseaux fumants du cheval. Il fallut recourir aux moyens violents pour nous remettre sur le train, et Augustin songeait que c’était