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52 A LA BRUNANTE. Le vieil abbé n’avait pas franchi la dernière marche du perron que déjà Jules tout atterré par sa présence, se tenait respectueusement à ses côtés, inter¬ rogeant de l’œil la servante Gertrude qui pour toute réponse fit briller une grosse larme sous ses cils gris, en dirigeant un regard muet vers l’appar¬ tement de Rose. Jules y était arrivé avant ce coup d’œil chargé d’angoisses. Hélas ! Le bal Bernard avait eu le dénouement qu’a décrit un poète : Dans les lustres blêmis on vit grandir le cierge , La mort mit sur son front ce grand voile de vierge Qu’on nomme éternité ! Déjà Rose ne pouvait plus parler, et depuis trois quarts d’heure une angine couenneuse s’était déclarée, à la suite de l’action traîtreuse du chaud et du froid. En ce moment, elle avait ce délire effrayant de calme et de majesté qui précède certaine^ agonies, car pour la pauvre Rose l’agonie approchait, et—cela est bien triste à dire—le docteur Buteau ne se trou¬ vait pas là pour en surveiller les terribles progrès, les arrêter, les modérer ou les couper net grâce à sa science incontestée. Il était précisément parti depuis une heure pour aller faire les couches de Josephte Brochu la fileuse, qui demeurait à deux grandes lieues de là. Le vieux Bernard avait bien essayé tout ce que l’amour paternel pouvait lui suggérer de plus propre