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40 A LA BRUNANTE. qui consistait à venir embrasser ce cher ange, que ma désobéissance lui avait fait méconnaître de son vivant. J’ai tenu parole, pour ma part ; car Ursule s’en était allée six mois après, emportée par la consomp¬ tion, me laissant seul avec le petit et mon violon, à songer aux étranges affinités qui existent entre notre frêle humanité et le monde mystérieux. J’ai développé de mon mieux la jeune intelligence qu’elle m’avait confiée, et Joseph, devenu prêtre de¬ puis sept ans, évangélise à la Rivière-Rouge. C’est un beau grand garçon, de ta taille Mathurin, seulement son caractère s’est ressenti de la terrible épreuve qui a passé sur son enfance, et rien qu’à l’entendre, grave et triste, prêcher la parole de Dieu, tu reconnaîtrais sans peine, celui dont le front a été effleuré jadis, par le baiser d’une morte. — Maintenant mes enfants, bonsoir ! Je me fais vieux ; il est temps pour moi d’éteindre ma pipe et d’aller me coucher. Quant à vous, allez voir naître l’Enfant Jésus. Priez-le pour grand-papa, à qui vous n’avez jamais désobéi, et quand je ne serai plus là, ne craignez pas les baisers que mon âme pourra venir déposer sur vos fronts endormis, car j’aurai pris mon repos en accomplissant les paroles du psalmiste : — In pace in idipsutn, dortniatn et requiescam.