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3» A LA BRUNANTE. J’avais peur de rester, peur de m’en aller, mais lui continuait toujours gravement ; on aurait dit que son récit était devenu automatique. — Le lendemain, je m’en tirai avec une légère migraine, suivie d’un singulier malaise qui ne me quitta pas de la journée. A mesure que tombait la brunante, cette curieuse sensation augmenta, et, quand vint l’heure de prendre du repos, ce fut avec un sen¬ timent d’indicible terreur que je me mis au lit. La pauvre Ursule qui ne se doutait de rien, glissa une m#èche sur l’huile de la veilleuse, l’alluma, donna un dernier coup de ber au petit et s’en vint prendre place à mes côtés. A force d’être travaillé par l’excitation nerveuse, je finis par tomber insensiblement dans une demi- somnolence, et peut-être aurais-je fini par m’endor¬ mir, si vers minuit et quart, l’épouvantable cheval n’était revenu piaffer à ma porte. Elle s’ouvrit sans bruit comme le soir du Jour des morts. Un vent léger gravit l’escalier : ma porte baricadée se trouva. tout-à-coup grande ouverte, et cette fois-ci, je vis clairement une forme diaphane et grisâtre, effleurer la catalogne de ma chambre à cou¬ cher, et s’approcher du berceau de Joseph. Elle se pencha silencieuse sur le front de l’enfant ; un imperceptible murmure arriva jusqu’à mon oreille : c’était comme le bruit d’un baiser, puis se retour¬ nant à demi vers ma couchette, pour reprendre le che¬