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LE BAISER D’UNE MORTE. 37 Quelque chose de léger comme une plume voltigea de marche en marche dans 1* escalier, puis ce fut le tour de la porte de ma chambre à coucher à s’entre¬ bâiller, et j’ouïs un frôlement imperceptible auprès du berceau de Joseph. Cela dura cinq secondes tout au plus ; les issues • se refermèrent sans bruit comme auparavant, et à demi-mort de peur, j’entendis distinctement le cheval et sa voiture s’éloigner au trot, dans la- direction de Québec. A mes côtés Ursule dormait profondément la tête tournée vers la ruelle, et ce soir-là on avait oublié de mettre de l’huile dans la lampe que nous gardions allu¬ mée pour faire chauffer le boire du petit. Je me conten¬ tai donc de prier pour les morts et de rester les yeux grands ouverts pendant toute la nuit. — A mesure que le père Chassou me contait ces terribles choses, j’avais tellement peur qu’il me sem¬ blait voir prendre des proportions fantastiques à tout ce qui m’entourait. La longue horloge placée debout dans un coin de la salle, avait l’air d’un cercueil assez vaste, pour donner hospitalité à la statue de Commandeur ; son tic-tac rendait des sons de l’autre monde. Les chaises allongeaient sur la muraille l’ombre de leurs dos déchiquetés comme celui des vieux squelettes, le nez du père Chassou ressortait crochu comme une griffe de loup-garou, et sa silhouette osseuse semblait s’être détachée de la danse des morts de Holbein, pour venir me faire ses étranges confi¬ dences.