Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante, contes et récits, 1874.djvu/42

Cette page n’a pas encore été corrigée


34 A LA BRUNANTE. La vue de tous ces objets chéris me serrait la poi¬ trine, et rien que d’y penser ce soir, Mathurin, je me sens encore ému. Mais cela n’était rien auprès de ce qui m’attendait dans ma pauvre chambre. Tout était dans le même ordre, et rien n’avait été dérangé depuis mon départ. Les vêtements que j’avais négligé d’emporter, restaient suspendus à l’endroit où je les avais accrochés moi-même, mes fleurs s’étaient désséchées dans leurs pots de terre ^rangés toujours sur l’escabelle verte de la fenêtre, et il y avait au pied de mon lit de sangle une paire de pantoufles oubliées par moi, et qui attendaient patiemment mon retour. Pauvre mère ! comme tu as dû souffrir de mon éloignement, et comme j’ai vu alors que tu savais m’aimer ! Ma conversation avec le notaire Cloutier ne fut pas longue. J’acceptai la succession telle qu’il me la présentait ; je fis fermer la maison, envoyai Rougette à Beau- mont ; mais aussitôt que tout fut réglé, je m’en fus voir au cimetière celle qui m’avait donné la vie. Elle dormait sous une humble croix de bois peinte en noir, et déjà les herbes Saint-Jean commençaient à pousser dans cette terre fraîchement remuée. Je priai là bien longtemps, car il faisait bon de parler à Dieu de cette morte, et quand mes genoux se furent bien engourdis au contact de l’herbe humide, jç