Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante, contes et récits, 1874.djvu/350

Cette page n’a pas encore été corrigée


344 LES BLESSURES DE LA. VIE. Ce coup atteignit à peine celui dont le cœur et la pensée étaient tout entiers à sa morte chérie. Il reprit le chemin de la maison, fit un paquet des hardes de la trépassée, et s’en allait Dieu sait où, lorsque je fis sa rencontre. J’avais confessé la sœur ; je consolai et reçus le frère chez moi. Sombre et taciturne pendant les quelques moments qu’il résidait au presbytère, il ne se trouvait à l’aise qu’au cimetière, à l’endroit où son cœur s’était brisé et dissout lentement. Un soir, au commencement de l’hiver, par un de ces temps où la neige tombe épaisse et humide, Paul revint les pieds trempés, la gorge enrouée. Au mi¬ lieu de la nuit une violente quinte de toux se déclara, bientôt elle dégénéra en bronchite aïgue, et les secours de l’art se déclarèrent impuissants. Je pris la place laissée vide par le médecin, et jamais âme de prêtre n’est venue se retremper à mort plus sainte et plus consolante. Paul Arnaud endurait humblement, sans se plaindre, le mal rapide qui l’emportait, demandant miséricorde à Dieu pour ce péché d’orgueil qui l’avait suivi pen¬ dant toute la vie, et pardonnant à son tour à ceux qui l’avaient offensé. L’agonie fut calme, comme l’est toujours celle de l’homme préparé par l’apostolat de la souffrance. Les larmes, les chagrins, les tribulations soufferts dignement sur terre, possèdent la vertu attribuée au