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LE BAISER D’UNE MORTE.

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en me faisant dire que c’était le seul souvenir laissé par mon père. Mon Dieu ! que tout cela est loin maintenant, et comme le temps passe vite !... Mais j’entends sonner les cloches de la messe de minuit ; allons, mon garçon, prends une prise en souvenir de ce père, que je n’ai jamais vu ni connu. Il n’y a pas de mal à ça, c’est du meilleur. Il pré¬ serve de ces rhumes de cerveau qui nous guettent constamment à l’affût, par ces froids de loup. Je te dirai la plus triste partie de mon histoire au réveillon. Il se leva, passa son capot de loup-cervier, attacha les oreilles de son casque de vison, mit son violon dans un sac de flanelle verte ; puis, le rejetant sous son bras, il reprit de mes mains la précieuse relique paternelle, sous le couvercle de laquelle je venais d’examiner curieusement, un écusson gravé avec la plus exquise délicatesse. Nous nous mîmes en route, et, quand nous en¬ trâmes dans la vieille église de Beaumont, le prêtre allait entonner le Gloria in excelsis. Nos violons accompagnèrent l’hymne sublime de la paix universelle, et, pendant que le père Chassou faisait un solo, je me pris à songer—tout en re¬ gardant ses yeux déborder d’inspiration, et son maigre profil s’allonger dans les ombres du jubé— à l’endroit où j’avais pu voir jadis les armes que récélait sa mystérieuse tabatière.