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HISTOIRE DE TOüS LES JOURS. 329 Il fut suivi par une dame, un peu sur le déclin, qui pianota amoroso : Autrefois un mot de ma bouche Le rendait ou triste ou joyeux ; Mais aujourd’hui rien ne le touche, Pas même un pleur de mes yeux. Ah ! quand mon âme est accablée, Quand rien ne saurait la guérir, Oui, je me croirais consolée, S’il souffrait de me voir souffrir. Cette curieuse fantasmagorie paraissait faire douter à Paul de son existence. Il semblait regarder, écouter, suivre tout de Pair indécis d’un fumeur d’opium, lorsque soudain, sortant de sa torpeur, il me prit le bras : — Viens, Henri ; je me sens chavirer. Des gens intelligents, ou faits pour l’être, passent une soirée à renier la langue de leurs ancêtres, des mili¬ taires à causer le langage des fleurs, des femmes à ne rêver rien au-delà de l’uniforme anglais, des hommes sérieux à donner un pli fashionable à leur pantalon, ou à se faire l’écho de la première niaiserie rimée ; et ils appellent cela s’amuser I Ah ! mon ami, quel guet-à-pens nous attendait sous ces lambris ? Allons ! J’aime mieux me persuader que l’on s’est donné le mot pour me mystifier, et tout le monde ici semble se douter que mon habit n’est pas à moi. Ce n’était pas le lieu, ni le temps de discuter avec Paul, et, profitant d’une danse assez animée, nous allâmes saluer Madame Raimbault, et discrètement