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326 LES BLESSURES DE LA VIE. délicat qui caractérise les cœurs sensibles, les excel¬ lentes qualités et les hautes capacités de Paul ne manqueraient pas de la frapper. J’allai, écoutant distraitement la musique des qua¬ drilles, le froufrou des robes de soie, les éclats de rire de la foule, songeant au bonheur que les riches pouvaient semer ici-bas, lorsqu’ils daignaient se rappeler la sainte pensée d’un philosophe : — Combien de malheureux peuvent être consolés avec peu ! la poussière de fleurs ne suffit-elle pas aux abeilles ? Insensiblement, cette promenade sentimentale m’avait ramené à mon point de départ. Paul était encore assis à l’endroit où je l’avais quitté ; Madame Raimbault organisait un lancier. — Comment, Paul, que fais-tu là ? au milieu de ces joies, de ces bruissements, tu te dresses comme une statue de la mélancolie. — Je rêve aux curieuses choses qui défilent sous mes yeux depuis un quart-d’heure. — Mais il s’agit bien de rêver ! il faut danser, mon ami ; je parie que tu as refusé de le faire jusqu’à présent. — Je n’accepte pas, car je perdrais ; Madame Raimbault a voulu insister, il y a un instant, sur un quadrille : malheureusement, elle n’avait sous la main que deux Canadiennes-Françaises, jolies comme le sont nos compatriotes, mais s’obstinant à causer an¬ glais entre elles et tenant particulièrement à mani¬ fester leur regret que les faaast daaances ne fussent