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HISTOIRE DE TOüS LES JOURS. 325 Heureusement qu’il connaissait déjà bon nombre d’invités et n’eut qu’à balbutier une dizaine de fois la phrase banale, — enchanté de faire votre con¬ naissance — alternée de vigoureuses poignées de main, distribuées au milieu d’une mosaïque de : — Vous allez bien ? — How do you do ? Ces mots prononcés vaguement lui donnaient le droit de faire comme les autres. Il pouvait maintenant s’appuyer sur les fauteuils des dames et leur chuchotter des riens à l’oreille, les conduire dans l’embrasure des fenêtres pour leur y faire attraper un bon rhume, ou mieux encore, leur lire toutes sortes de fadaises rimées, sous prétexte qu’elles gisaient au fond d’un petit papier vert d’es¬ pérance sur un lit de dragées. Je laissai Paul assis sur une ottomane, causant avec la maîtresse du logis, et, tout joyeux, je me perdis dans une salle de jeu, songeant à la jolie tournure que prenait mon projet ; car j’avais un but en insis¬ tant autant sur la présence de mon ami à la soirée de Madame Raimbault. Cette femme, esprit supérieur, jugement sain, for¬ tune superbe, mettait sans cesse ces trois belles choses au service des talents que la misère menaçait d’as¬ phyxier. Son doigt de Samaritain avait relevé une foule d’intelligences, qui, sans lui, se seraient traînées dans la médiocrité, et comme elle avait ce flair