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320 LES BLESSURES DE LA VIE. Touvrage à ses amis après l’avoir lu, et par cette économique combinaison, une circulation de 200 exemplaires suffisaient au pays. Quant aux mères de famille, fières d’entendre leurs fils conjuguer avec aplomb le verbe amo, elles les avaient jugés mûrs pour le sixième. Partout Paul avait à se heurter ainsi, à ces phrases de politesse banale inventées contre les malheureux, à qui l’on ne veut rien dire, rien promettre, rien donner. Le cœur s’use vite à ce métier de solliciteur. Un autre que Paul aurait déjà donné raison aux paroles cyniques de M. Martineau, et peut-être sans Noémie aurait-il succombé ; mais chef de famille, ayant à lui indiquer le sentier de la vie, dès l’enfance il s’était rangé à l’avis du poëte : Pas de tête plutôt qu’une souillure au front. La lutte se continua donc jusqu’au jour, où tomba sur sa table la note arriérée d’une semaine de pension. Alors son courage l’abandonna. Sans argent, sans espoir d’en gagner bientôt, il offrit en gage sa montre et descendit dans la rue avec la détermination d’aller chez la supérieure du couvent où était sa sœur. Il lui avouerait tout, la prierait de garder Noémie quelque temps, et fort de la promesse, qu’il comptait en obtenir, il prendrait à pied le chemin des Etats- Unis, pour essayer d’y faire un peu de cet or si nécessaire, écrivait quelqu’un, pour vivre sur terre et dormir dessous.