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318 LES BLESSURES DE LA VIE. — Ne vous dérangez pas, mon ami, continua la voix mielleuse de M. Martineau. Je viens vous voir au sujet du premier Québec que vous m’avez transmis. Il faudra en faire un autre. — Me serait-il permis d’en savoir la raison ? reprit la voix mal assurée de Paul qui croyait dormir encore. — Sac à papier ! elle est simple : je crois cet article un peu sérieux pour mes abonnés. L’occasion est délicieuse pour leur servir un petit scandale, chose dont ils raffolent. J’ai appris au cercle, hier soir, que le rédacteur de l’Etoile Libérale s’entête à être ivrogne : il faut profiter de cette faiblesse pour lui monter un éreintement. Tout en faisant rigoler mes lecteurs, vous pourrez lui glisser, sous vent, qu’il vaut mieux savoir se faire payer ses idées que les conserver ainsi dans l’eau-de-vie. Dieu merci ! j’ai l’habitude des affaires, moi. Cela sera prêt vers onze heures, n’est-ce pas ? Cette proposition trouva Paul attéré. Il resta silencieux quelques secondes, puis relevant lentement la tête, il fixa sur M. Martineau ses yeux gris d’où sortaient des effluves de résolution et d’énergie : — Ce que vous me demandez là, monsieur, est impossible. J’ai le tort, voyez-vous, d’être assez peu homme d’affaire pour suivre les pulsations de mon cœur. Cela contrarie, il est vrai, les recettes de votre caisse qui ne peut que se gonfler, en restant ouverte aux cancans d’écrivailleurs toujours à l’affut de ce qui se passe dans un pays où chacun connaît