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HISTOIRE DE TOUS LES JOURS. 317 Ce langage, aux allures de carmagnole, le désar¬ çonna, et la nuit suivante se passa pour lui à tracer une étude vivement touchée du rôle exceptionnel qu’avait à jouer le journalisme dans un pays où sans cesse se coudoyaient antipathies religieuses, sociales et nationales. A lui de battre la marche, en sachant montrer à l’étranger ces formes de politesse exquise qui ne se puisent que dans la conviction, et à bien lui persuader ainsi que le jour où le nombre et la morgue arracheraient la France de notre sol, elle saurait encore y reprendre pied sur ces boutures enfouies dans le guérêt de nos campagnes — la délicatesse et la foi. Dès six heures du matin, le saute-ruisseau du jour¬ nal fit son apparition sur le palier, demandant l’éter¬ nelle copie. L’encre perlait encore sur le papier confident de cette digne réponse. Elle se sécha en route. Resté seul, Paul se jeta un instant sur son lit pour chercher dans le sommeil, un peu de calme à cette agitation fiévreuse d’un cerveau qui s’est livré pendant cinq ou six heures à la gymnastique de l’encrier. L’assoupissement venait de le prendre, lorsque tout-à- coup la porte du garni s’ouvrit et laissa passer la rubiconde personne de M. Martineau. — Paresseux ! dit-il, en se laissant cheoir sur une chaise, auprès du lit de son employé. Paul retomba automatiquement sur ses pieds ; son propriétaire ne l’avait pas apprivoisé au luxe de ses visites.