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3io LES BLESSURES DE LA VIE. consolateur, soulageant et fortifiant au simple toucher de sa robe.

  • Paul m’écoutait attentivement; à mesure que je

parlais, son caractère fier semblait s’apprivoiser. Tout-à-coup, il me prit vivement la main : — Henri, tu es plus sage que moi ! mais songe à ce que j’ai souffert, à tout ce que je souffre encore. Lorsque, comme moi, on a vu mourir son père dans le délaissement, lorsque pendant longtemps la faim est entrée dans la mansarde et s’est assise chaque soir au coin du foyer éteint, contemplant de son œil morne ma seule joie ici-bas, ma sœur tombée mou¬ rante sur un grabat à peine réchauffé par des haillons, était-il permis de croire que le monde pût contenir autre chose que des larmes ou des crimes ? Je préfé¬ rais souffrir silencieux, crainte de voir le sarcasme se glisser sous la commisération. J’ai eu tort, puisque je te rencontre aujourd’hui : pardonne-moi. Ce cœur longtemps contenu débordait enfin. Une à une je pus examiner attentivement les blessures que la vie y avait ouvertes. C’était à pleurer comme un enfant. Depuis sa sortie du collège, Paul avait travaillé sans répit : non seulement il employait ses veilles à reviser les livres de marchands, à déchiffrer pour les amateurs des paperasses jaunies, à poursuivre ses études personnelles ; mais ses jours se passaient à enseigner aux fils de riches familles.