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HISTOIRE DE TOUS LES JOURS. 307 Je le vis allumer une bougie et prendre la direction de sa chambre à coucher; avant d’entrer, il me jeta ce bonsoir :\tt — Depuis longtemps je suis l’image du Figaro qui nous faisait tant rire, lorsque, pendant les heures d’étude nous lisions, à la dérobée, Beaumarchais. Comme lui, ma mission ici-bas, est de faire de tout un peu. Il manquait à ma collection le substantif démagogue : je le possède, et ma foi, comme c’est après celui de forgeron, le métier qui demande le plus de force de poumons, je vais irçe retremper dans le sommeil, pour être plus frais à la besogne de de¬ main. Laissé seul auprès du foyer, je me demandai quel serait le vaincu dans cette lutte terrible engagée entre Paul et la misère. Saurait-il s’appuyer sur cette éner¬ gie descendue de la cime du Calvaire, que nous appe¬ lons la résignation, ou son pied s’enfoncerait-il dans l’ineffaçable trace que Satan laissa empreinte sur notre globe, le jour, où tourbillonnant vers l’étemel abîme, il éclaboussa la terre du bout de son aîle fatiguée et en fit surgir l’orgueil. Minuit me trouva encore rêvant à ces choses. Je crus alors plus prudent de songer au présent, et je venais de me mettre au lit, lorsqu’on frappa à ma porte. J’allai ouvrir. L’aubergiste se tenait respectueusement sur le seuil.