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304 LES BLESSURES DE LA VIE. de ses intérêts, son caractère avait pris un tant soit peu la forme de ce petit meuble indispensable au¬ jourd’hui pour bien parvenir. Le plateau montait à l’arrogance, dès qu’il était mis en oscillation par l’or¬ phelin délaissé, la veuve exploitée, le pauvre riche de son droit : en revanche, les fins banqueroutiers, les voleurs d’avenir, les coupe-jarrets de réputation pou¬ vaient, avec le plus léger billet de banque, le faire tomber au dernier niveau de la bassesse. A force de ployer ainsi son épine dorsale, M. Bour se laissa cheoir un jour sur un fort joli sac d’écus, d’où il s’était relevé dandy. En bon français, dandy signifie papillon, fauvette, pinson, ou n’importe quel autre sylphe allé, s’il sait se rendre agréablement léger et inconstant : vipère, araignée, chacal, s’il rampe continuellement dans les commérages, s’arrêtant à chaque pas pour sucer, quand même et partout, le cancan, et, sous prétexte d’observations fines et spirituelles, déchirer les répu¬ tations du bout de sa griffe rose. Nous les avons, sans doute pour cela, baptisés du nom de lions, mot qui renferme en lui seul tout un dictionnaire de force et d’énergie. M. Bour appartenait à l’ordre des araignées. Rien jusque-là n’avait échappé à la subtilité de ses filets : tout ce qui était venu à lui, gisait à ses pieds ou dans ses coffres, trituré, pressuré, et mainte¬ nant qu’il fallait quelque chose de plus délicat à cet appétit gâté, son vaste suçoir s’allongeait vers le peyple.