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LE BAISER D’UNE MORTE. 23 j'avais emporté un bidon d'eau fraîche, ce fut Ur¬ sule qui me dit la première : — Me permettriez-vous d'en prendre une goutte, monsieur ? — Certainement mademoiselle, lui dis-je tout gauchement, et pourtant rien qu'à l'entendre me demander cela, je lui aurais donné mon cœur. Elle but à longs traits ; puis, comme l’herbe était fraîche et que le canon de midi venait de tirer à la ville, nous nous assîmes sur le foin nouvellement coupé, et petit à petit nous commençâmes à causer tout en cassant une croûte de pain de ménage. Depuis lors, je la vis chaque jour une petite demi- heure, et cela, tranquillement sans lui dire une parole d'amour ; entre nous, il n'en était guère besoin ; rien qu'à se regarder dans les yeux, on se comprenait. Mais les mauvaises langues causèrent pour nous ; et, un soir que j'étais assis sur le perron de la porte, songeant à Ursule, ma mère qui filait près de la huche me dit assez brusquement : — Edouard, tu fais parler de toi avec la petite Trépanier. Je soupirai, sans rien dire ; que veux-tu qu’on fasse, Mathurin, quand c’est la mère qui parle ? Elle continua.